21 avril 2021

Les fortes pluies de l’hiver dans le Sud-Ouest nous mettent-elles à l’abri d’une sécheresse cet été ?

Si les bistrots étaient encore ouverts, on ne serait pas surpris d’y entendre ce type de réflexion : « Avec ce qu’il est tombé cet hiver, qu’on ne vienne pas nous parler de sécheresse cet été … Lire l’article original

En cette mi-mars, les nappes phréatiques sont au plus haut. Des niveaux parfois records qui n’offrent pourtant aucune garantie contre une éventuelle sécheresse cet été.

Si les bistrots étaient encore ouverts, on ne serait pas surpris d’y entendre ce type de réflexion : « Avec ce qu’il est tombé cet hiver, qu’on ne vienne pas nous parler de sécheresse cet été ». La pluie, c’est un fait, n’a pas épargné la Nouvelle-Aquitaine ces derniers mois. Et pourtant, dans quelques semaines, des arrêtés de restriction de consommation d’eau seront peut-être pris d’un département à l’autre… Incompréhensible, pensez-vous ? Explications.

Fortes pluies hivernales

Un constat, d’abord, pour confirmer ce que chaque habitant de la région a observé depuis l’automne dernier : « L’ensemble de l’hiver a été exceptionnel, avec des cumuls de pluie globalement supérieurs à 50 % par rapport à la normale, et des records battus, surtout en décembre », rapporte Éric Soulier, chef prévisionniste régional pour Météo France Bordeaux.

Dès l’automne, puis surtout durant l’hiver météorologique (de décembre à février), la pluie est tombée abondamment. Rarement en quantités astronomiques, si bien qu’aucun record quotidien n’a été battu. Mais la « durée des épisodes », « les cumuls sur plusieurs jours », ont, eux, été remarquables. Ainsi, sur la période, il a plu deux fois plus que la normale à Dax (684 mm) et Capbreton (782 mm), mais aussi aux Eyzies (Dordogne, 384 mm) ou à Belin-Béliet (Gironde, 558 mm). Dans la région, aucun territoire n’a été épargné, avec des cumuls supérieurs de « 40 à 60 % » aux moyennes, ce qui a notamment conduit à de graves inondations dans les Landes et en Charente-Maritime.

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Crédit photo : Météo France

Niveaux très hauts

Si ces interminables précipitations ont miné le moral des quidams, elles ont fait le bonheur des nappes phréatiques. À la fin de l’été, durant la période d’étiage (niveaux bas, NDLR), la situation était déjà « loin d’être catastrophique », rappelle Olivier Douez, hydrogéologue au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) de Bordeaux.

« À certains endroits, on a même relevé des niveaux jamais atteints depuis 1993 »

Résultat : la recharge hivernale des nappes phréatiques, qui s’étend généralement de novembre à mars, a été optimale. « On a aujourd’hui des niveaux très haut dans l’ensemble des départements » de l’ex-Aquitaine (Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques, Dordogne et Lot-et-Garonne). « À certains endroits, on a même relevé des niveaux jamais atteints depuis 1993 », souligne l’expert. Dans les Charentes, la situation est à peine moins favorable, avec des niveaux « à la moyenne ou au-dessus de la moyenne », rapporte Béatrice Simon, hydrogéologue pour l’Agence régionale de la biodiversité Nouvelle-Aquitaine.

Cette recharge de qualité permet d’envisager les mois à venir avec une certaine confiance, assure Olivier Douez : « On part sur ce qu’on peut avoir de mieux concernant les niveaux des nappes, résume-t-il. On a les meilleures conditions possibles pour avoir peu ou pas du tout de restrictions de consommation d’eau cet été. Mais on n’est tout de même pas à l’abri, en fonction de la météo dans les mois à venir… »

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Des épisodes de sécheresse vont-ils se produire l’été prochain ?

Crédit photo : Archives Sounalet Jean-Christophe

Des « petites nappes »

La prudence du spécialiste du BRGM s’explique par le profil des nappes phréatiques de notre région. Pour schématiser, le sous-sol du Sud-Ouest se divise en deux blocs : « En Gironde et dans une partie des Landes, on a la chance d’avoir des nappes très profondes, dont la recharge annuelle n’a pas vraiment d’impact conséquent ». Ici, aucune crainte à avoir quant à d’éventuelles restrictions cet été.

En revanche, partout ailleurs, des Charentes à la Dordogne et au Lot-et-Garonne, en passant par le sud des Landes et les Pyrénées-Atlantiques, on trouve des nappes superficielles moins profondes, généralement calcaires ou sableuses. « Nous avons des petites nappes qui réagissent très vite », résume Béatrice Simon. Dans ces départements, si le printemps et le début de l’été sont peu pluvieux, les réserves peuvent rapidement descendre à des niveaux problématiques.

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Crédit photo : BRGM

Car l’arrivée des beaux jours s’accompagne d’une renaissance de la végétation. Celle-ci puise une eau qui, de fait, ne parvient plus à alimenter les nappes phréatiques. « S’il ne pleut pas et qu’il y a de fortes températures, une forte évaporation, une forte demande en eau, pour la consommation d’eau potable mais aussi les usages agricoles, alors ça impacte la vidange des nappes, ce qui va entraîner un débit plus faible dans les cours d’eau » et « une sécheresse des sols », résume Olivier Douez.

Comme chaque année, ce sont donc les conditions météorologiques des prochaines semaines qui conduiront, ou pas, à décider d’éventuelles restrictions de consommation d’eau. Alors, que nous réserve le printemps ? À l’heure actuelle, « aucun scénario n’est privilégié », botte en touche Météo France.

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