7 mai 2021

Le tribunal de Dax demande une expertise sur la dangerosité des Knacki

Dans l’affaire du petit Lilian, mort étouffé par une saucisse Knacki de la marque Herta en 2014 à Messanges, le tribunal judiciaire de Dax devait rendre sa décision ce lundi. Les juges ont finalement décidé de demander une expertise sur la dangerosité des saucisses. Il y aura un nouveau procès. Lire l’article original

Ce lundi, le tribunal judiciaire de Dax devait rendre sa décision dans l’affaire du petit Lilian, ce petit garçon dont la famille est originaire de Bordeaux. En 2014, en vacances dans un camping de Messanges, le petit garçon de 2 ans était mort étouffé par une saucisse Knacki de la marque Herta. 

Ses parents ont porté plainte contre le groupe industriel charcutier pour homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. A l’issue du procès correctionnel, il y a deux semaines, la substitut du procureur avait requis la relaxe pour le groupe Herta. Les juges eux, avant de se prononcer, demandent qu’un expert judiciaire spécialisé dans l’agroalimentaire se penche sur la possible dangerosité de la saucisse.

Les Knacki de Herta sont-elles dangereuses ?

L’expert désigné par le tribunal judiciaire de Dax devra, selon les mots du président du tribunal à l’annonce de sa décision, décrire la composition des Knacki, étudier si, comme le dénonce l’avocat de la famille du petit Lilian, les saucisses de Herta ont une structure spongieuse qui gonfle et qui colle à la trachée. L’expert devra ainsi déterminer si elles sont dangereuses et dire si des recommandations complémentaires devaient être mentionnées sur l’emballage. 

Le groupe Herta est en effet poursuivi par la famille pour homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. La famille demandait au tribunal comme condamnation à ce que Herta soit contraint de mentionner de manière explicite sur l’avant de ses emballages que les Knacki étaient dangereuses pour les enfants de moins de 4 ans. 

Après l’audience du 25 janvier dernier, la substitut du procureur avait pourtant requis la relaxe, estimant qu’il ne fallait pas confondre “l’émotion et la loi“. Rien dans la loi n’oblige l’industrie agroalimentaire à faire des mentions sur ses emballages. Sauf que Herta a déjà été condamnée pour le même type de fait, relève maître Philippe Courtois, avocat de la partie civile. Pour une fillette gravement blessée après s’être étouffée avec des Knackiball. A l’époque, une expertise avait justement été demandée sur ce produit. 

Mais comment expertiser la dangerosité d’une saucisse ? Nous avons contacté Frédéric Poitou, expert judiciaire spécialiste de l’agroalimentaire auprès de la cour d’appel d’Aix en Provence qui n’a donc aucun lien avec ce dossier. “Moi ce que je ferais“, nous a-t-il répondu, “c’est demander à un médecin le diamètre moyen d’une trachée d’enfant. Puis je ferais _des tests en laboratoire de réaction des composants de la saucisse_, les additifs, le collagène, avec de la salive d’enfant. Cela permettrait de déterminer si le produit gonfle et colle à la trachée“. 

“Pas plus dangereuses qu’un bout de brioche ou une cacahuète”

L’avocat de la société Herta, maître Julien Vernet, était présent au tribunal judiciaire de Dax ce lundi pour entendre la décision du tribunal. Il est surpris que les juges demandent cette expertise une fois le procès terminé. “On ne peut que prendre acte de cette expertise ordonnée par le tribunal qui se pose la question de la composition du produit et de son éventuelle dangerosité. On va se soumettre à l’expertise, apporter tous les éléments sur la constitution du produit, ses qualités, son absence totale de dangerosité“, réagit le conseil de la société industrielle. 

Je rappelle quand même que Herta vend 1,7 million de ces saucisses chaque jour, si la composition était dangereuse, les accidents seraient apparus plus tôt et dans des proportions plus importantes. Ces saucisses ne sont pas plus dangereuses qu’un morceau de pain, un bout de brioche ou une cacahuète”, termine maître Julien Vernet. 

“Une bonne décision”

Maître Philippe Courtois, avocat de la famille du petit Lilian, est quant à lui très satisfait de cette décision des juges du tribunal judiciaire de Dax. “C’est _une satisfaction parce que c’est une demande que l’on avait formulée au tribunal_, dans la mesure où, s’il ne se s’estimait pas suffisamment informé, s’il n’avait pas tous les éléments permettant de démontrer que ce produit était dangereux pour les moins de 4 ans, cela va permettre de pouvoir avoir des précisions sur le produit en lui même“. 

Il y aura donc un nouveau procès une fois que l’expertise sera rendue. Nouveau procès le 11 octobre 2021. Le tribunal a nommé un expert judiciaire spécialiste de l’agroalimentaire à Tarbes qui a quatre mois pour rendre son avis.

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