30 juillet 2021

Landes : un travailleur étranger se dit victime “d’esclavage moderne” dans des élevages de volailles

Un sous traitant de la filière aviaire, une entreprise de nettoyage d’exploitation de volailles dans les Landes, accusé de traite d’être humain et de travail dans des conditions indignes. Le tribunal de Dax, saisi par la CGT et ce travailleur, étudiait ce dossier ce lundi. Lire l’article original

Un sous-traitant de la filière aviaire, une entreprise de nettoyage d’exploitation de volaille dans les Landes, accusé de traite d’être humain et de travail dans des conditions indignes. “D’esclavagisme moderne“, dira l’avocat de la CGT, partie civile dans ce dossier, pour simplifier le terme. Voilà ce que le tribunal correctionnel de Dax avait à étudier ce lundi lors d’une audience en correctionnelle. 

La victime, qui dénonce ces traitements, est un travailleur marocain en situation irrégulière sur le territoire français à l’époque des faits entre 2015 et 2017. Un travailleur épaulé dans ce dossier par la CGT et qui, aujourd’hui, a régularisé sa situation. 

L’entreprise déjà condamnée

Dans ce dossier, la justice a déjà rendu plusieurs jugement mais uniquement sur le volet du droit du travail.  Aziz, ce travailleur marocain, a fait condamner les employeurs de cette société de nettoyage, basée à Saint-Paul lès Dax, aux prud’homme. L’entreprise familiale a également été condamnée au pénal en première instance pour travail dissimulé et emploi d’un travailleur étranger sans papier. Les employeurs avaient fait appel de ce jugement et le délibéré est attendu dans quelques jours. Mais la CGT tenait à ce que la justice se prononce sur les accusations de traite d’être humain et c’est pour cela qu’elle a directement saisi le tribunal avec une citation directe. 

En fait, pour ce volet de l’affaire, pour les accusations à propos des conditions de travail indignes vécues par cet ouvrier agricole et la traite d’être humain, à l’époque, les enquêteurs et le parquet de Dax n’avaient pas donné suite. Faute de preuve. C’est donc pour cela que la CGT et Aziz ont saisi le tribunal via une citation directe. Car dans ce dossier, tout semble reposer sur le témoignage d’Aziz. Surtout quand un témoin, convoqué par les parties civiles, ne se présente pas au tribunal. 

“Sans temps de repos, sans manger, sans rien du tout”

Aziz, marocain de 44 ans, est contacté en 2015 pour travailler dans cette entreprise de nettoyage qui sous-traite pour des exploitations agricoles alors qu’il loge dans un foyer de travailleurs. Il est en situation irrégulière sur le territoire, il n’a pas d’autorisation de séjour. L’entreprise l’embauche, faisant miroiter une possible régularisation au sans-papier. Par SMS, il est appelé pour ramasser des volailles dans les élevages landais. “Vous ne pouvez pas imaginer … J’ai travaillé pendant la grippe aviaire sans protection, sans rien du tout“, témoigne Aziz. “On travaille la nuit, la journée en suivant, sans temps de repos, sans manger, sans rien du tout“. 

Aziz est appelé à ramasser des volaille en 2016 dans des élevages en pleine grippe aviaire, en plein vide sanitaire. C’est interdit, “seules les entreprises agréées peuvent le faire“, est venu témoigner une inspectrice du travail, à l’origine du premier rapport dans cette affaire envoyé au procureur de la République. 

Et quand Aziz se permettait de se plaindre auprès de son employeur :  “j’étais emmené dans un endroit isolé au milieu des bois“. Il raconte un épisode où il aurait été enfermé dans un enclos avec les doberman de ses employeurs. “Les arabes, c’est fait pour baisser la tête. Si tu veux, je te renvoie chez toi“, aurait menacé les employeurs selon le travailleur, profitant ainsi de son statut vulnérable de sans papier. 

La CGT dénonce un problème systémique

Mais un jour, Aziz se blesse durant le travail. Il est hospitalisé. S’en est trop, il saisi l’inspection du travail et la CGT. “Cette situation est totalement intolérable et exemplaire“, dénonce Jean-Hubert Guidou, le représentant national des travailleurs sans papier à la CGT qui avait fait le déplacement ce lundi à Dax. “Certains employeurs intégrés à une filière, filière agricole en particulier et la filière volaille, la sous-traitance en cascade conduit très souvent à ce type de situation. La situation des travailleurs agricoles dans notre pays est absolument exécrable“. 

Un dossier “noirci a gros trait” a répondu Maître Jean François Renaudie, avocat des employeurs lors de sa plaidoirie : “_Il ne faut pas stigmatiser l’ensemble de l’activité aviaire sur notre territoire_. On ne peut pas faire une généralité de ce dossier là“, met en garde l’avocat avant d’avancer sur le fond de ce dossier en particulier “qu’un dossier prouve ou ne prouve pas “.  Maître Renaudie dénoncera devant le tribunal un dossier sans preuve ni témoin, à part quelques SMS fixaient des heures d’embauche. 

Dans le cadre de cette citation directe de la CGT, le parquet n’a pas fait de réquisition et s’en remet au jugement du tribunal. La décision du sera rendue le 28 juin prochain.

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