13 avril 2021

Landes : la relaxe requise dans le procès de l’enfant mort étouffé par une Knacki Herta

Dans l’affaire du petit garçon de deux ans mort étouffé par une Knacki de la marque Herta dans un camping de Messanges (Landes) en 2014, le ministère public ce lundi a demandé la relaxe pour la société Herta. Le tribunal judiciaire de Dax rendra son délibéré le 8 février prochain. Lire l’article original

Le PDG du groupe Herta était devant le tribunal judiciaire de Dax ce lundi, poursuivie pour homicide involontaire par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. 

En 2014, une famille de bordelais était en vacances sur la cote landaise dans un camping de Messanges. Au moment du dîner, la mère prépare des haricots vert accompagnés de saucisses Knacki Herta.  Un petit morceau de saucisse s’est coincé dans la trachée du petit garçon  de 2 ans, Lilian. Malgré l’intervention des secours, il n’a pas survécu, mort étouffé. Les parents ont porté plainte contre la société Herta. Sept ans après les faits, le procès pénal se tenait ce lundi devant le tribunal judiciaire de Dax. 

L’émotion de la famille

Lors de l’audience ce lundi, l’émotion de la famille du petit Lilian s’est heurtée à la froideur des arguments juridiques. L’émotion d’une famille endeuillée. L’émotion d’une mère qui, à la barre, va lire la lettre de la sœur de Lilian, aujourd’hui âgée de 11 ans. Un courrier adressé à Arnaud de Belloy, le PDG d’Herta, présent à l’audience. Il a la tête baissé sur ses chaussures tout au long du procès dans son costume noir.

Son sang ne couvre que vos mains même si vous vous cachez derrière vos excuses“, dit la petite fille qui a perdu son frère dans sa lettre au patron du groupe.  L’émotion du père qui va aussi lire un texte rédigé avec sa compagne, adressé également au PDG.  “Ce procès ne nous permettra pas de retrouver notre fils. Nous sommes ici parce que c’est notre devoir, pour que cela n’arrive pas à d’autres“.  En 2014, quand le petit Lilian est mort étouffé par la saucisse Herta, il était indiqué sur l’emballage comme message de prévention : “à couper en tout petit pour les plus jeunes“. 

Son sang ne couvre que vos mains même si vous vous cachez derrière vos excuses

Est-ce que le risque était suffisamment notifié ? “, interroge maître Courtois, l’avocat de la famille du petit garçon. Car c’est bien cela que la famille met en cause. “Honte à vous“, lance le père du petit garçon au PDG d’Herta. Il dénonce la tentative du groupe de régler l’affaire avec un arrangement financier pour qu’il n’y ait pas de procès.  “Ce n’est pas l’argent qui intéresse la famille“, dit leur avocat, choqué par les commentaires sur les réseaux sociaux suite aux articles de presse annonçant le procès. Le père de famille demande au tribunal de condamner Herta à afficher “en gros sur l’avant du paquet“, que les knacki peuvent provoquer un risque d’étouffement. ” Les knacki, de par leur texture, sont dangereuses“, ajoute l’avocat de la famille. 

Maître Courtois, n’a qu’une seule demande au tribunal : condamner l’industrielle car il ne faisait pas mention explicite sur son paquet de la dangerosité des Knacki  pour les enfants de moins de 4 ans. Il demande à ce que le tribunal exige une mention explicite sur l’avant de l’emballage et qu’en cas de condamnation, le tribunal en face la publicité dans la presse.

La froideur des arguments juridiques

Les Knacki dangereuses ? “Il n’y a pas d’étude scientifique qui le prouve“, répond l’avocat du PDG d’Herta après avoir présenté ses condoléances à la famille. Il n’y a pas non plus d’obligation légale d’inscrire des avertissements sur les emballages, parce qu’à ce compte là, explique l’avocat du groupe, “tout est dangereux pour les enfants“. Maître Julien Vernet compare avec de la mie de pain. “On ne va pas obliger les boulangers à écrire qu’il y a un risque d’étouffement sur les baguettes“, argumente-t-il. 

Il va plus loin.  “Il n’y a pas de preuve que les saucisses en cause soient de la marque Herta, comme il n’y a pas de preuve que la mère ait coupé les saucisses en petits morceaux. Le tribunal n’a pas vu les petits morceaux“. L’avocat du PDG d’Herta plaide la relaxe. “Honte à vous“, lui lance la grand mère du petit Lilian en colère en fin de procès.  

Face à ce drame, c’est quasiment à reculons que la substitut du procureur de la République de Dax va se lancer dans ses réquisitions. “C’est difficile pour moi mais il ne faut pas confondre le juridique et l’émotion“, dit Lucie Delage avant d’expliquer, elle aussi, qu’aucune loi n’oblige, dans la législation française, les professionnels de l’agroalimentaire de faire mention d’une dangerosité des produits pour les enfants.  

Elle requiert la relaxe et ajoute avec compassion pour les parents : “Le combat n’est pas resté vain. Les esprits ont été sensibilisés à cette question, j’espère qu’il y aura un avant Lilian et un après Lilian“.

L’avocat de la famille s’est dit étonné à la sortie du tribunal que : “le même parquet qui renvoie le PDG d’Herta devant le tribunal requiert finalement la relaxe“. Le tribunal judiciaire de Dax rendra sa décision le 8 février 2021

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