20 avril 2021

Dax : polémique autour d’une vidéo, deux élus municipaux portent plainte pour outrage sexiste

La polémique a enflé et les plaintes se sont enchaînées. Le 8 mars dernier, les élus municipaux de l’opposition dacquoise ont publié une vidéo sur leur page Facebook à l’occasion de la journée des droits des femmes. Une page Facebook, administrée par un soutien de l’autre bord, a détourné la vidéo. Lire l’article original

Le 8 mars dernier, les élus municipaux de l’opposition dacquoise ont publié une vidéo sur leur page Facebook.  Une vidéo où les élus d’opposition expriment, en langue des signes, leurs revendications pour les droits des femmes. Le lendemain un détournement de la vidéo a été publié sur une page Facebook appelée : “PoliticoDax”. 

La vidéo publiée sur le compte Facebook du groupe d'opposition au conseil municipal de Dax.
La vidéo publiée sur le compte Facebook du groupe d’opposition au conseil municipal de Dax. Capture d’écran Facebook

Les revendications pour les droits des femmes sur la vidéo d’origine sont devenues, avec le détournement, une proposition de fellation faite par une élue d’opposition à un de ses collègues. Sur la chanson de Brigitte Bardot, “tu veux ou tu veux pas“, l’autre élu d’opposition répond par un bras d’honneur. 

Le détournement publié par Vincent Piget sur la page Facebook Politico Dax
Le détournement publié par Vincent Piget sur la page Facebook Politico DaxCapture d’écran Facebook

Sur la vidéo d’origine, devant l’entrée du tribunal judiciaire de Dax, une des élues de Dax en Commun, Géraldine Madounari, demande le renforcement de la loi contre les violences sexuelles et sexistes. En langue des signes, pour dire “sexuelles“, c’est le poing qui se rapproche de la bouche. Son collègues, Pierre Stétin demande quant lui la gratuité des protections menstruelles avec, comme signe, un bras plié. 

Ce sont ces deux images qui ont été sorties de leur contexte par Vincent Piget. Il administre la page Facebook “PoliticoDax” qui a pour objet de parler de la politique locale dacquoise “dans tous ses états“. Vincent Piget ne s’en cache pas, c’est “un opposant à l’opposition“. Il mettra plus de temps à confirmer qu’il  a “fait toutes les campagnes de Julien Dubois et a collé ses affiches“. 

Selon Vincent Piget, l’auteur du détournement vidéo, sa page Facebook est un forum de satire de la vie politique locale. Mais si l’on compte les publications, il y a plus de communication des décisions municipales que de publication à visée satirique ou humoristique. Et aucune publication critique envers la majorité municipale. 

Satire ou outrage sexiste ?

L’auteur de la vidéo détournée assume. “J’ai juste fait une vidéo satirique. J’aurais trouvé très drôle que le texte de Mme Madounari ait été dit par un homme et j’aurais fait exactement la même démonstration. C’était juste pour se marrer comme je fais dans toutes mes vidéos“. 

Sauf que la vidéo n’a pas du tout faire rire l’élue d’opposition, il a porté plainte pour outrage sexiste. “Je suis _choquée qu’en 2021, on réduise encore les femmes à de simples objets sexuelles_. Si je n’avais pas porté plainte, j’aurais dit à mes filles : laissez vous faire quand vous êtes insultées en tant que femme“, explique Géraldine Madounari. 

Une troisième plainte dans cette affaire

Vincent Piget, l’auteur de la vidéo, a lui aussi porté plainte par courrier auprès du procureur de la République de Dax pour diffamation et insulte publique. Parce que son détournement vidéo a été repris par un compte anonyme sur Facebook, compte cette fois contre la majorité municipale Dacquoise, et qui s’indignait de la vidéo. Sur ce partage, il y a eu des commentaires peu aimable pour l’auteur. 

Message de l'auteur du détournement qui estime que sa vidéo a été sortie de son contexte privé.
Message de l’auteur du détournement qui estime que sa vidéo a été sortie de son contexte privé. Capture d’écran

En fait, Vincent Piget estime qu’il a publié son détournement vidéo sur son groupe, qui est privé, et qu’il ne l’a donc pas fait sur la place publique. Pour lui, si le détournement est devenu public, c’est de la faute du compte anonyme. Mais juridiquement, l’argument ne semble pas tenir. 

Son groupe privé PoliticoDax compte près de 500 membres. La loi ne précise pas à partir de combien d’amis sur Facebook une publication partagée est considérée comme publique ou privée. Mais la cour de cassation avait estimé il y a quelques années, qu’un message partagé à 14 personnes restait du domaine du privé. Pour l’avocat parisien Anthony Bem, spécialiste des contentieux sur les réseaux sociaux, avec plus de 400 membres, le groupe de Vincent Piget devrait être considéré comme public par un juge. 

On ne sait pas ce qu’il adviendra de la plainte des élus d’opposition puisque la police ne les a toujours pas transmises au procureur de la République. Quant à la plainte de l’auteur du détournement, elle a été classée sans suite par le parquet. 

En attendant, deux associations de défense des droits des femmes, le CIDFF des Landes et Elu.e.s Contre les Violences faites aux Femmes, soutiennent l’élue dacquoise.

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