28 juillet 2021

Dax : la ville refuse le legs de Robert Labeyrie, une collection d’art de “plusieurs millions d’euros”

La ville de Dax a refusé ce jeudi soir, en conseil municipal, d’hériter de la collection d’art contemporain de Robert Labeyrie. Celui qui avait fait du groupe Labeyrie le numéro un du foie gras et du saumon fumé. Lire l’article original

Dans un testament datant de 2018, Robert Labeyrie avait choisi de léguer à la ville de Dax 247 œuvres de sa collection privée d’art contemporain. Mais l’héritage de l’empereur du foie gras et du saumon fumé, et notamment ce testament, est contesté par les trois enfants de Robert Labeyrie, mort en juin 2020 à l’âge de 96 ans. Une procédure judiciaire est en cours entre les ayants droits. Avec ce legs, la ville de Dax se retrouvait au milieu de ce conflit. 

Bataille judiciaire entre ayant droit

C’est une guerre judiciaire qui oppose les trois enfants de Robert Labeyrie et la veuve de ce dernier. Une affaire en cours d’instruction avec, notamment, la veuve, l’artiste landaise Monette Loza, mise en examen pour abus de faiblesse. Pour tenter de faire simple dans une affaire complexe, les trois enfants de Robert Labeyrie accusent Monette Loza d’avoir profité de la faiblesse du fondateur du groupe Labeyrie, faiblesse intellectuelle due à son âge, pour lui avoir fait modifier ses testaments en sa faveur. Et donc au détriment des enfants.  

247 œuvres estimées à plusieurs millions d’euros

Parmi ces testaments, que les enfants estiment illégitimes, il y en a un rédigé en 2018 qui prévoit de léguer à la ville de Dax l’imposante collection d’art contemporain acquise par Robert Labeyrie dans sa maison de Saint-Geours-de-Maremne. 247 œuvres, “estimées à plusieurs millions d’euros“, a expliqué Julien Dubois en conseil municipal, dont des tableaux bien cotés sur le marché de l’art. Certains atteignent les “300 000 euros“, explique une source.  Une collection très “hétéroclite” où l’on retrouve des œuvres de Georges Mathieu, d’Amedeo Modigliani ou encore de James Rosenquist. 

Mais voilà, d’abord le legs prévu dans le testament pour le ville de Dax avait une condition : que ces œuvres soient installées dans un musée dédié. Et puis la bataille judiciaire à laquelle la ville de Dax se trouvait mêlée, a convaincu le maire Julien Dubois de refuser la donation. “La ville de Dax n’est pas en mesure financièrement aujourd’hui de créer un musée à la hauteur des œuvres qui étaient proposées. Et c’est vrai que le contexte de ce testament est assez compliqué“, explique le maire de Dax.  

Pas de musée Robert Labeyrie à Dax

D’ailleurs la ville de Dax a été assignée devant la justice par l’avocat des enfants il y a quelques semaine, “voilà qui a du motivé la rapidité de la décision de la ville” pense Maître Arnaud Dupin, avocat connu aussi pour sa participation au procès Bettencourt. L’avocat se satisfait de la décision du maire de Dax car selon lui, la commune risquait de se mettre en position de receleur si jamais la justice confirmait le caractère illégal du testament et que la ville avait accepté le legs. Bref, c’était une position très inconfortable pour la ville. 

Regret en revanche de celui qui est chargé d’exécuter ce testament en ce qui concerne la collection d’art. Il s’agit d’un notable dacquois dont le nom est bien connu dans la cité thermale mais qui a demandé à ne pas être cité.  Ce dernier explique que des repérages avait eu lieu en ville pour trouver un bâtiment qui aurait pu abriter ce grand musée d’art contemporain. Un lieu, près du tribunal, avait été pressenti mais nécessitait d’importants travaux de rénovation. Il n’y aura donc pas musée Robert Labeyrie “ce qui aurait permis à la ville de sortir un peu des chemin battu en terme de proposition d’art“, regrette ce notable dacquois. 

Selon le conseil de la veuve, Monette Loza, les enfants de Robert Labeyrie “veulent garder la collection d’art pour eux“. Considérant le testament tout à fait valable, il ajoute qu’il y était précisé que le legs pouvait être fait à Dax “ou à une autre commune“. La collection d’art pourrait donc trouver une autre ville refuge qui en aurait les moyens. 

Le refus de ce legs par la ville de Dax n’éteint pas, en revanche, le conflit autour de l’héritage du fondateur du groupe Labeyrie. Un héritage qui se compte en dizaine de millions d’euros.  Une information judiciaire est menée par un juge d’instruction montois, la veuve reste mise en examen pour abus de faiblesse. Au terme de l’instruction, qui devrait encore prendre plusieurs mois, il pourrait y avoir procès, et si procès il y a, il se tiendra au tribunal judiciaire de Dax.

Lire l’article original