21 avril 2021

Ce lézard est menacé d’extinction dans les Landes et en Gironde

Victime du réchauffement climatique et de la raréfaction des zones humides, le lézard vivipare voit sa population diminuer dangereusement dans les Landes et en Gironde, un territoire sur lequel il est présent depuis des milliers d’années. Lire l’article original

C’est un lézard assez méconnu du grand public et qui est en voie d’extinction dans les Landes et en Gironde : le lézard vivipare. Ce petit reptile, qui est gris, mesure généralement une dizaine de centimètres. Il ressemble au lézard des murailles (que l’on voit courir le long des murs) mais, contrairement à ce dernier, le lézard vivipare vit loin de l’homme, dans des zones humides, autour des lagunes notamment dans la forêt des Landes de Gascogne. Il a besoin d’humidité et de fraîcheur. 

Dans les Landes et en Gironde, des scientifiques constatent que ce lézard est de moins en moins présent. L’association Cistude Nature réalise de nombreuses observations sur une quinzaine de sites. “Depuis 2016 on fait des suivis et nos observations vont dans un sens assez pessimiste. Si on ne fait rien, on risque de faire face à des extinctions locales voire la disparition de cette espèce par secteur” estime Maud Berroneau, spécialiste de ces populations de reptiles à Cistude Nature. 

La faute au réchauffement climatique et à l’action de l’homme

Le réchauffement climatique est l’une des causes de cette situation. “Les années chaudes et très sèches, je ne vois plus de lézards en activité lors de mes observations, explique Maud Berroneau. Ils se retrouvent dans des abris et cessent leurs activités pendant la période printemps/été, alors qu’ils sont censés faire leur reproduction à ce moment-là. Ils sont en dormance et cela a un impact sur la croissance et la reproduction de la population.” 

Mais la modification du paysage landais au fil des siècles a également nui au lézard vivipare. Cette espèce est en effet le témoin de ce qu’était la forêt des Landes avant le 19 siècle : une immense zone humide, remplie de marécages et de lagunes. Depuis, la plantation massive de pins a asséché la plupart des marais. Et, au cours des dernières décennies, le phénomène s’est accentué selon Maud Berroneau : “En moins de 30 ans, c’est plus de 65% des lagunes qui ont disparu. C’est colossal, c’est dû au drainage, à l’exploitation du pin maritime, à l’urbanisation, à la maïsiculture, qui est très gourmande en eau et qui provoque l’asséchement des secteurs humides.

Un taux de consanguinité très important 

Ces constats sur le terrain sont confirmés par des analyses génétiques, menées notamment par Andréaz Dupoué, chercheur au CNRS. Il a constaté un taux de consanguinité très important parmi la population de lézard vivipare. Comme les différentes zones humides sont trop éloignées entre elles dans les Landes, il n’y a plus de communication entre les différentes populations de lézard vivipare, qui vivent donc en vase clos, entraînant une forte consanguinité et une perte génétique. “L’interprétation est simple : il y a un risque imminent d’extinction locale” note Andréaz Dupoué. 

Comment sauver cette espèce ?

Il faut d’abord préserver les zones humides actuelles et créer de nouvelles zones refuges pour cette espèce. “On peut limiter le drainage, changer les cultures, et faire perdurer les haies, les lisières de forêt, qui sont des refuges frais pour ces espèces-là” estime Maud Berroneau. 

Un lézard unique en Europe

Cette disparition serait d’autant plus dommageable que ce type de lézard n’existe nulle part ailleurs. L’espèce “lézard vivipare” est, certes, présente dans d’autres régions en France ou en Europe mais avec un mode de reproduction propre : le lézard y est vivipare, comme son nom l’indique, c’est à dire que la femelle reptile met bas des petits déjà formés. Or, dans les Landes et en Gironde, il s’agit d’une sous-espèce : le lézard vivipare est en réalité ovipare, c’est à dire qu’il pond des œufs.

La disparition du lézard vivipare dans les Landes et en Gironde risquerait de déséquilibrer les milieux dans lesquels il évolue. “Avec cette espèce risque de disparaitre tout un lot d’espèces, faune et flore, liées à cet habitat-là. Quand on enlève une espèce ou plusieurs, c’est le déséquilibre entier d’un écosystème d’une zone naturelle” redoute Maud Berroneau. Andréaz Dupoué fait le même constat : “L’idée que cette espèce puisse disparaitre signifie vraisemblablement que toutes les espèces qui sont également inféodées à ces zones humides peuvent disparaitre également.” 

Vidéos réalisées par l’association Cistude Nature dans le cadre du programme scientifique “Les sentinelles du climat” : 

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