30 juillet 2021

Bac 2021 : une correction des copies de philosophie compliquée cette année

Les professeurs de philosophie ont reçu ce lundi 21 juin les copies de philo de la cuvée 2021 du baccalauréat. Dans les Landes comme partout en France, ils déplorent le contrôle continu qui “plombe” l’épreuve de philosophie. Ils regrettent également la numérisation de la correction. Lire l’article original

L’épreuve du bac de philo 2021, qui s’est tenue jeudi 17 juin, n’avait pas la même saveur que les années précédentes. La pandémie de Covid-19 a mis à mal l’organisation du bac. Cette année, ce n’est plus cette grande épreuve inaugurale que pouvait constituer l’épreuve la philosophie. L’épreuve a été aménagé : seule la meilleure note compte, entre celle obtenue à l’épreuve et celle du contrôle continu, à condition d’avoir rendu sa copie. Pour les élèves ayant eu une bonne moyenne au cours de l’année, cet écrit ne présentait donc aucun enjeu crucial pour l’obtention du bac. Les candidats avaient 4 heures pour composer mais pouvaient sortir au bout d’une heure de la salle d’examen.

De là à corriger des copies pour rien ? “On ne corrige pas des copies pour rien. On doit saluer une volonté des candidats d’essayer de se frotter, malgré tout, à l’exercice mais on corrige des copies qu’il est extrêmement difficile d’évaluer“, témoigne Valérie Pickhahn, professeure au lycée de Borda à Dax.

“Merci M. Blanquer”, “bonnes vacances” sur certaines copies

Certains élèves ont décidé de rendre copie blanche ou d’écrire quelques lignes seulement, comme le relate Valérie Pickhahn : “_En ce qui concerne mon lot de copie, je n’ai pas de copie blanche mais certains de mes collègues ont eu “Merci Monsieur Blanquer” ou “_bonnes vacances” mais dans mon cas, j’ai plutôt des copies qui font 4 pages“.

Pour Nicolas Guyard, professeur de philosophie au Lycée Charles Despiau à Mont-de-Marsan et secrétaire départemental Force Ouvrière pour les Lycées et collèges des Landes, cette situation est “rageante” et les “professeurs de philosophie ont le sentiment de corriger des copies pour rien“. Le secrétaire FO parle même “d’un mépris du travail à l’égard du travail conduit par les collègues“.

Par ailleurs, il apparait que de nombreux candidats sont partis au bout d’une heure. Valérie Pickhahn a constaté qu’elle avait cette année des copies plus courtes que lors des précédentes cuvées : “On sent que le candidat a voulu occuper cette heure, on a beaucoup de copies qui sont courtes. Philosopher en une heure c’est impossible. On se retrouve pas vraiment avec des non-copies mais plutôt des copies qui ne sont pas ancrées dans une démarche philosophique

Le casse tête de la correction numérique

Pour la première fois, la correction des copies se fait sous forme « dématérialisée », autrement dit, numérique. Finies les corrections sur papier, les correcteurs devront désormais lire et corriger les copies sur un écran d’ordinateur. La mise en place du logiciel d’aide à la correction Santorin est vivement critiquée par les enseignants. Selon les professeurs, Santorin est incompatible avec leurs besoins. Les paramètres de correction sont multiples dans une matière comme la philosophie, et ce logiciel ne propose pas la richesse d’appréciation que peut offrir la copie papier originale. “C’est pas très pratique pour un professeur de philosophie parce que l’on n’a pas un barème précis comme chez les collègues de maths ou de physiques. Nous devons noter en fonction de critères que nous évaluons sur l’ensemble de la copie. En règle générale on trie les copies, on manipule les copies pour avoir une idée de l’ensemble. Là c’est très difficile avec le numérique” réagit la professeure au lycée de Dax, qui a 110 copies à corriger. 

La dématérialisation des corrections semble donc ignorer les spécificités de la philosophie. Elle ajoute que “les professeurs ont la sensation d’être dépossédée de cette correction de copie“. Le logiciel comptabilise le temps passé sur une copie, réalise automatiquement la moyenne de l’ensemble des corrections. Initialement, il avait été demandé aux professeurs de corriger en étant en permanence connecté à internet. Beaucoup s’étaient inquiétés d’une éventuelle surveillance des correcteurs par l’Education nationale, “de sorte que Santorin ressemble davantage à un Surveiller et punir qu’à une île grecque” si l’on en croit Valérie Pickhahn.

Les professeurs ont obtenu cependant le droit de travailler hors-ligne et d’imprimer les copies numérisées pour un meilleur confort de correction. Il faudra après reporter chaque annotation dans le logiciel. “Une perte de temps“, “une situation ubuesque” que dénonce Nicolas Guyard. “Les copies ont été numérisées par l’Education nationale, elles ont été dématérialisées comme on dit. Et nous, nous devons les dé-dématérialiser pour les corriger donc en termes de rendus logiques et écologiques, on est au plus bas” fulmine Nicolas Guyard.

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